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Histoire du sabre et des samouraïs

Onna bugeisha : les femmes guerrières du Japon féodal

Les onna-bugeisha, femmes de la classe des bushi : naginata, Tomoe Gozen, Nakano Takeko et guerre de Boshin. Sources, limites, et part de mythe.

Ninjatō Nami en acier damas, fourreau laqué noir et tsuba cuivre, photo de couverture du guide « Onna bugeisha : les femmes guerrières du Japon féodal »

En bref : « Onna-bugeisha » désigne des femmes de la classe guerrière japonaise formées au maniement des armes, surtout de la naginata. Ce n'est pas un titre de l'époque ancienne : l'expression est plutôt moderne. Quelques figures sont bien attestées, d'autres relèvent de la légende, et la plupart des femmes de bushi ont surtout défendu le foyer et le domaine.

Que signifie onna-bugeisha ?

Le mot associe onna (femme) et bugeisha (praticien des arts martiaux). Il s'est surtout répandu à l'époque contemporaine pour regrouper, sous une même étiquette, des femmes de samouraïs ayant pris part à des combats ou reçu une formation militaire. Les sources anciennes, elles, emploient d'autres termes et parlent le plus souvent de cas individuels.

Il ne faut pas imaginer un corps de combattantes organisé comme les hommes. Dans la société des bushi, les femmes de rang guerrier apprenaient surtout à défendre leur maison, leurs enfants et leur honneur en cas d'attaque, en l'absence de leur mari parti à la guerre.

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Pourquoi la naginata est-elle l'arme des femmes de bushi ?

La naginata est une arme d'hast : un long manche terminé par une lame courbe. Sa portée permet de tenir un adversaire à distance, ce qui compensait une éventuelle différence de force. À l'époque d'Edo, son apprentissage devient un élément d'éducation courant pour les filles de familles guerrières. Elle fait partie des biens apportés dans le trousseau de mariage dans certains cas.

Au XXe siècle, la naginata est devenue un sport pratiqué par de nombreuses Japonaises, dans un cadre scolaire notamment. Notre guide de la naginata en détaille les formes. Elle partage avec le sabre un héritage de technique, mais ne s'emploie pas de la même manière.

Qui était Tomoe Gozen ?

Tomoe Gozen est la figure la plus célèbre. Elle apparaît dans le Heike monogatari, récit épique de la guerre de Genpei, comme compagne de Minamoto no Yoshinaka, en 1184. Le texte la décrit comme une archère et une cavalière redoutable, capable de couper des têtes ennemies, que son seigneur envoie au combat parmi ses meilleurs guerriers.

Mais la question de son historicité est ouverte. Le Heike monogatari est une œuvre littéraire écrite et récrite après les faits, et d'autres sources ne la mentionnent pas. Certains historiens y voient une figure réelle, d'autres un personnage en partie construit. Son sort final varie aussi : selon les versions, elle quitte le champ de bataille, épouse un autre guerrier ou se retire dans un couvent. Mieux vaut donc la présenter comme une figure littéraire dont le fond historique reste incertain.

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Qui étaient les autres guerrières attestées ?

D'autres noms émergent de l'histoire, avec des degrés de certitude différents :

  • L'impératrice Jingū, figure semi-légendaire des chroniques anciennes, qui aurait conduit une expédition en Corée. Son historicité est très discutée.
  • Hōjō Masako (1157-1225), épouse de Minamoto no Yoritomo, qui exerce un pouvoir politique considérable à Kamakura après la mort de son mari. Ce n'est pas une combattante, mais une dirigeante réelle.
  • Hangaku Gozen, qui défend le château de Torisakayama en 1201, selon des chroniques d'époque Kamakura. Le cas est mieux documenté que beaucoup d'autres.
  • Des femmes de domaines d'Edo, mentionnées dans des chroniques locales de défense de leur demeure.

Que s'est-il passé avec Nakano Takeko ?

Nakano Takeko (1847-1868) est le cas le mieux documenté du XIXe siècle. Pendant la guerre de Boshin (1868-1869), qui oppose les partisans du shogunat aux forces impériales, le domaine d'Aizu est assiégé. Un groupe de femmes, parfois appelé le « corps des femmes » (jōshitai), combat aux côtés des hommes, avec des naginata. Nakano Takeko est tuée lors d'un engagement à la fin de l'automne 1868, et son souvenir est devenu un symbole local à Aizu-Wakamatsu.

Ce groupe n'était pas une unité constituée de l'armée du domaine : il s'agit de femmes qui ont choisi de se battre quand la défaite approchait. Son histoire illustre les fonctions que les femmes de bushi pouvaient assumer dans une situation extrême.

FigurePériodeNiveau de certitude
Impératrice JingūChroniques anciennesTrès discuté, surtout légendaire
Tomoe GozenFin XIIe siècleHistoricité débattue, source littéraire
Hangaku GozenDébut XIIIe siècleMentionnée par des chroniques de l'époque
Nakano Takeko1868Bien documentée
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Les onna-bugeisha étaient-elles nombreuses ?

Non, et c'est le point à rétablir. Les cas de femmes combattant au premier rang sont exceptionnels. Le plus souvent, les femmes des bushi administraient les biens, éduquaient les enfants et organisaient la défense du foyer. Cette fonction exigeait du courage et parfois des armes, mais n'avait rien d'une carrière de guerrière. La réalité est plus sobre que l'image : une minorité a pris les armes, et ces gestes sont restés dans la mémoire locale plus que dans les grandes chroniques.

L'attention récente pour ces figures vient en partie d'une envie de réhabiliter une part oubliée de l'histoire. Elle comporte aussi le risque de grossir les exemples. Pour replacer cette société, voyez l'article sur les samouraïs et le panorama des sabres japonais, dont certains petits sabres, comme le tantō, servaient à la défense personnelle dans les demeures.

À lire ensuite sur le même thème : Armure de samouraï : pièces, histoire et choix d'une réplique, Kendo, sport de combat japonais : règles, équipement et grades et Tameshigiri : l'art de la coupe d'essai au sabre japonais.

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Qu'a-t-on retenu dans la culture populaire ?

Les onna-bugeisha ont inspiré des films, des mangas, des jeux et des romans. Tomoe Gozen apparaît dans des œuvres historiques comme dans des jeux vidéo de stratégie. L'image la plus fréquente est celle d'une guerrière isolée et invincible, très éloignée du cadre réel. Il vaut mieux voir ces œuvres comme des inspirations, et non comme des documents.

Questions fréquentes

Les femmes samouraïs existaient-elles ?
Des femmes de la classe des bushi ont été formées aux armes et quelques-unes ont combattu. Elles n'étaient pas samouraïs au sens d'une charge militaire reconnue, mais appartenaient à des familles de guerriers.
Quelle arme utilisaient-elles surtout ?
La naginata, arme d'hast à lame courbe. Elles pouvaient aussi manier le poignard (kaiken) pour la défense personnelle.
Tomoe Gozen a-t-elle vraiment existé ?
Son existence est débattue. Elle apparaît dans le Heike monogatari, une œuvre littéraire, et les spécialistes ne s'accordent pas sur la part historique de son récit.
Comment prononce-t-on onna-bugeisha ?
À peu près « onna-bou-guéicha », le u étant très peu marqué. Le terme associe onna (femme) et bugeisha (pratiquant des arts martiaux).

Sources et références